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Philosophie et histoire du Logiciel Libre

12 décembre 2011

Je vous transcris les notes que j’ai prises lors de la conférence donnée par Richard Matthew Stallman, lors des Rencontres Mondiales du Logiciel Libre de juillet 2011. J’ai modifié les « je » en « Richard Stallman ». Bonne lecture !

Conférence de Richard Stallman
RMLL Strasbourg, mardi 12 juillet 2011

Le Logiciel Libre peut se résumer en trois mots : liberté, égalité, fraternité… en gros, tout ce que Sarkozy déteste !
C’est la liberté car il permet à l’utilisateur de faire son informatique en liberté.
C’est l’égalité car personne n’a de pouvoir sur personne.
C’est la fraternité car il encourage la coopération entre utilisateurs.
La question du prix n’est que secondaire.

Le logiciel non-libre doit être nommé « privateur » car il génère un système de pouvoir injuste sur les utilisateurs. Il induit une colonisation numérique fonctionnant grâce au système « diviser pour dominer ».
Les utilisateurs se trouvent divisés car on leur interdit la redistribution de copies. Ils sont impuissants car ils ne possèdent pas le code et ne peuvent donc ni le modifier ni même investiguer sur ce qu’il fait. Nous savons que de nombreux logiciels privateurs implémentent des fonctionnalités malveillantes.

Un programme est libre s’il donne aux utilisateurs les quatre libertés essentielles :
– liberté 0 : celle d’exécuter comme tu le veux ;
– liberté 1 : celle d’étudier le code source et le modifier pour faire ton informatique comme tu le veux ;
– liberté 2 : celle de redistribuer des copies exactes du programme ;
– liberté 3 : celle de redistribuer des copies modifiées du programme.
Il met en place un système social éthique qui respecte la liberté, l’égalité et la fraternité de la communauté. Ce n’est pas un système de développement du code – ceci est un détail technique secondaire – mais un système éthique.

Il faut éliminer l’utilisation de logiciels privateurs car ils induisent de la dépendance et non le développement de la société. Ils fonctionnent comme un piège : s’il existe des fonctionnalités attractives, elles servent d’appât pour que les utilisateurs abandonnent leur liberté.
Le but du mouvement du Logiciel Libre est que tous les programmes soient libres afin que les utilisateurs soient libres.

La liberté 2 est essentielle pour des raisons éthiques fondamentales car elle évite les dilemmes moraux du bon membre de la communauté. Tu risques d’être confronté-e à un tel dilemme si un-e ami-e te demande une copie d’un logiciel dont la licence interdit la redistribution de copies. Dans ce cas il vaut mieux briser la licence plutôt que l’amitié car quitte à léser quelqu’un, il faut léser celui qui le mérite ! L’absence de liberté 2 attaque la solidarité sociale de la société.
Il faut absolument rejeter les expressions de propagande anti-partage comme par exemple le mot « pirate » : aider les autres n’est pas l’équivalent moral d’attaquer des navires !

La liberté 0 est essentielle pour avoir le contrôle de son informatique. Mais elle ne suffit pas car il faut la liberté d’exécuter un programme ou de ne pas l’exécuter. C’est pourquoi la liberté 1 est nécessaire car si tu ne sais pas ce que fait le programme, tu n’as pas le contrôle : ton ordinateur porte des menottes numériques. Nous savons qu’il existe dans de nombreux logiciels des fonctionnalités malveillantes de surveillance, de contrôle des données ainsi que des portes dérobées permettant un contrôle à distance etc.
Dans un certain système d’exploitation très répandu existent des fonctionnalités de surveillance, des moyens de restreindre les usages des données (en anglais digital restrictions management, les fameux DRM), des portes dérobées connues permettant par exemple de mettre à jour le système à distance et sans demande de l’utilisateur.
Dans l’iPhone, des fonctionnalités de surveillance ont été récemment découvertes, nous pouvons dorénavant l’appeler « SpyPhone ». Sur ce système, les menottes numériques sont très fortes car Apple a un total contrôle de toutes les installations logicielles et il existe également une porte dérobée permettant de désinstaller à distance des applications déjà installées.
FlashPlayer doit aussi être considéré comme malfaisant (malware) car il implémente des fonctionnalités de surveillance et de restriction d’usage des données. Il n’est gratuit que parce qu’Adobe n’exige pas de l’utilisateur qu’il paie pour être abusé !
Du côté de Sony, la PlayStation 3 impose un choix entre installer GNU/Linux et l’accès aux services réseau de la machine, ceci devrait être illégal ! Et Sony a même envoyé la police contre ceux qui avaient découvert un moyen de « jailbreaker » totalement la console. C’est pourquoi le mouvement du Logiciel Libre préconise un boycott complet de Sony.
Le Kindle d’Amazon, quant à lui, vise à éliminer les liberté traditionnelles de l’utilisateur-lecteur, par exemple la liberté d’acquérir un livre anonymement et le payer en liquide ; la société Amazon gère une liste des livres lus par chaque utilisateur. La liberté de donner ou prêter un livre est également éliminée. La propriété privée est également méprisée puisque l’utilisateur n’est pas propriétaire d’un exemplaire mais uniquement détenteur d’une licence lui permettant de livre le livre sous les conditions imposées par Amazon. Est également niée la liberté de conserver un livre et de le lire plusieurs fois : le Kindle implémente une porte dérobée capable de supprimer des livres à distance. Prouvant la nature orwellienne du projet, Amazon a même en 2009 supprimé toutes les copies de 1984 de George Orwell ; ils ont promis de ne jamais recommencer sauf ordre de l’État, ce qui n’est pas spécialement rassurant).
Il y a beaucoup d’autres programmes dont nous ne savons pas s’ils sont malveillants ou non car il n’y a aucun moyen de le savoir ! L’absence de liberté 1 dans la licence d’un programme doit nous mener à le considérer comme potentiellement malveillant.
Par ailleurs, les programmeurs n’étant pas parfaits, le code d’un programme contient souvent des erreurs, donc l’absence de liberté 1 rend l’utilisateur impuissant face aux erreurs accidentelles.
Mais la liberté 1 ne suffit pas car il existe des millions d’utilisateurs qui ne sont pas capables (ou n’ont pas le temps) d’étudier et modifier le code source de tous les logiciels qu’ils ont envie d’utiliser ; c’est pourquoi la liberté 3 (de redistribuer des copies modifiées d’un programme) est nécessaire.

Les libertés 1 et 3 sont exercées par les programmeurs au bénéfice de la communauté, dont chaque membre peut exercer les libertés 0 et 2.
Le Logiciel Libre est un bienfait pour la société puisqu’il élimine les jougs injustes. En effet il n’y a que deux possibilités : soit les utilisateurs ont le contrôle de leur logiciel, soit les logiciels ont le contrôle de leurs utilisateurs. Le grand but du Logiciel Libre est la libération du cyber-espace et de tous ses habitants.

Richard Stallman a lancé le mouvement du Logiciel Libre en 1983 car il était à l’époque impossible d’utiliser un ordinateur en liberté : tous les systèmes d’exploitation étaient privateurs. Il s’est rendu compte que dans système d’exploitation libre, aucun utilisateur d’ordinateur ne serait jamais libre.
C’est pourquoi il a lancé le projet GNU (à ne pas confondre avec Linux) en se fondant sur le système Unix : le projet utilise les mêmes noms de commandes et implémente la même portabilité sur tous systèmes. Son nom est un jeu de mots : GNU est un acronyme récursif signifiant « GNU is Not Unix » mais il peut aussi se prononcer comme « new » dans certaines variétés de l’anglais. Au bout de quelques années, lorsque le projet n’a plus eu besoin que d’un noyau opératoire, un certain Linus Thorwalds a décidé de rendre libre un noyau qu’il éditait déjà sous une licence privatrice : Linux. C’est pourquoi le système d’exploitation doit être désigné comme GNU&Linux.

Mais une œuvre sans licence n’est pas libre car il n’y a rien pour garantir les quatre libertés. C’est pourquoi Richard Stallman a écrit la GPL (GNU Public Licence) en créant la notion de « copyleft » (en français « gauche d’auteur »).

Il est à noter que certains se sentent gênés par la présence de considérations éthiques dans l’informatique, c’est pourquoi l’on voit apparaître le vocable « open source » (depuis 1998) : il s’agit d’une omission totale du niveau éthique du sujet, ces personnes ne parlent ni de liberté ni de justice ou d’injustice, ils ne font pas la critique éthique du logiciel privateur.
Par exemple, OpenOffice a été donné par Oracle (après avoir racheté Sun qui était à l’origine du projet) à la fondation Apache qui le publie sous une licence sans copyleft, probablement en prévision des velléités d’IBM de reprendre le projet à son compte.
Et pourtant il nous faut absolument donner du prix à la liberté, surtout à l’heure où les États veulent tuer l’Internet.

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