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Le vote utile et le calcul de la plus forte moyenne

27 mai 2009

Depuis quelques jours, on entend ici et là (et surtout du côté du PS) qu’il faudrait voter «utile», que «les listes en-dessous de 10% n’auront pas d’élu» et que voter pour l’une d’entre elles «reviendrait à donner sa voix à l’UMP». Mon ami Dagrouik, militant ségoliste convaincu et assumé, a même fait des calculs compliqués (bravo à lui au passage pour son travail et pour sa patience devant certains commentaires… comment dire ? peu pertinents !) pour expliquer que la méthode de répartition des sièges à la plus forte moyenne donne un avantage inouï à une liste qui ferait plus de 30% et qu’il faudrait au moins 8% pour avoir un élu.

Je voudrais tout d’abord vous alerter, chers lecteurs, sur l’intoxication sondagière que nous font subir les média : le nombre d’indécis n’est jamais donné, pourtant il oscille autour de 20% des personnes qui déclarent avoir l’intention d’aller voter. Et on nous prédit par ailleurs des scores mirifiques pour l’UMP.

Les indécis sont, par définition, des personnes qui hésitent entre plusieurs listes : entre PS et Modem, entre Front de Gauche et PS, entre Front de Gauche et NPA, entre PS et Europe Ecologie, et j’en passe. Parmi les options envisagées par ces indécis, je pense que dans le climat social et politique actuel, le seul «couple» qui contienne l’UMP concerne ceux qui hésitent entre FN et UMP. Mais vue l’audience actuelle du FN, je me plais à penser que cela fait peu de monde… Ma théorie est donc : les gens qui vont voter UMP savent déjà qu’ils vont le faire, les indécis ne voteront majoritairement pas UMP.

Donc, premier point : le score prévu de l’UMP sera probablement en-dessous de ce que les sondeurs nous annoncent. En tout cas certainement pas 30% !

Et ceci m’amène à mon deuxième point, qui est qu’en effet le mode de calcul à la plus forte moyenne, à partir du moment où une liste arrive autour des 30%, écrase les listes en-dessous de 8%. Mais si la liste en tête est autour de 25% (comme le PS en 2004 en Île-de-France), les jeux sont beaucoup plus ouverts ! Regardons par exemple les chiffres de 2004 dans cette région, et recalculons les élus sur la base de 13 sièges à pourvoir (puisque la circonscription a perdu un siège entre-temps). Je n’ai pas repris toutes les listes, inutile donc de me dire que le total n’est pas bon (puisqu’il s’agit du nombre total de suffrages exprimés et non de la somme des cases du tableau), je ne l’ai mis que pour calculer les pourcentages. En gras, les moyennes permettant d’obtenir les 13 sièges.

1 siège 2 sièges 3 sièges 4 sièges 5 sièges
PS 685 193 25,03% 685 193 342 597 228 398 171 298 137 039
UMP 487 186 17,80% 487 186 243 593 162 395 121 797 97 437
UDF 345 700 12,63% 345 700 172 850 115 233 86 425 69 140
FN 234 893 8,58% 234 893 117 447 78 298 58 723 46 979
Verts 205 480 7,51% 205 480 102 740 68 493 51 370 41 096
MPF 166 573 6,08% 166 573 83 287 55 524 41 643 33 315
PCF 165 311 6,04% 165 311 82 656 55 104 41 328 33 062
Total 2 737 509

Ô surprise ! C’est la plus grosse liste, à savoir celle du PS, qui perd un élu (passe de 5 à 4). Et le PCF dont le score est bien en-dessous du quotient électoral (182 034 voix), garde son élu !

Donc on voit bien que les «petites listes» et en particulier le Front de Gauche ont toutes leurs chances… Non à l’intox, il n’est pas inutile de voter pour une liste qui pourrait faire moins de 10% des voix !

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3 commentaires leave one →
  1. Sanson permalink
    2 juin 2009 17 h 17 min

    Très éclairant! d’autant que les médias (facilité ou ignorance) oublient de relayer le fait que le seuil de 5% nécessaire à l’obtention d’un siège est valable au niveau de la circonscription. Donc une liste qui n’atteint pas 5% au niveau national peut obtenir un siège localement. Dommage que les données concernant les sondages par circonscription soient si difficiles à obtenir.

  2. Figaro permalink
    4 juin 2009 8 h 58 min

    Merci pour votre avis qui m’a éclairé sur ce mode de calcul.
    Pour le PC, ce qui l’a sauvé daa été le dépassement du seuil de 5%, le quotient électoral n’ayant d’effet que sur les diverses tranches, indispensables pour déterminer les plus fortes moyennes.
    Les petites listes payent cher leur participation, mais il me semble qu’il faut surtout retenir que l’éparpillement des voix perdues produit un bonus pour les listes dont les scores sont les plus élevés.

  3. 4 juin 2009 9 h 54 min

    Bonjour Sophie,

    Merci pour cette info qui m’a aidé à comprendre certains aspects de ce type de calculs.

    En 2004, le PC a été sauvé en Île de France grâce au dépassement de seuil des 5%.
    Ce qui lui a permis, ensuite, de bénéficier de l’effet des « plus fortes moyennes » et d’obtenir ainsi un siège grâce aux tranches définies par le quotien électoral.

    Il n’est pas inutile, certes, de voter pour une liste qui ferait moins de 10% des voix, mais les états-majors des grandes formations savent bien que ces dernières bénéficient, mathématiquement, du report des voix perdues du fait de l’éparpillement.

    En outre, les « petites » listes prennent un autre risque : celui de ne pas être remboursées de leurs frais de campagne si leur score n’atteint pas les 3%, ce qui est financièrement courageux quel que soit le bord politique qu’elles représentent.

    Dans le cas PS / PC de 2004, cela a eu des conséquences stratégiques mais c’est le prix du respect de la diversité.
    Plus généralement pour les européennes 2009, l’intérêt de l’UMP-NC-exPS est de « ne pas faire de vagues » dans l’ambiance de colère généralisée – mais contenue grâce aux medias majoritaires – face à la politique gouvernementale.
    C’est à ce prix que M. JF Copé tente d’éviter une plus forte érosion et, en restant même très légèrement au-dessus de son plus important challenger, de grapiller le « siège-prime » des voix perdues.

    Sous un autre angle, on peut comprendre que cette campagne reste aussi terne, aussi mal expliquée – chaque abstention, vote nul ou vote blanc signifiant un « blanc-seing » pour le statu-quo, ce qui permet ensuite de claironner que les Français ne sont pas « si mécontents que ça ».
    On peut également comprendre pourquoi les infos de ces dernières semaines sont autant orientées sur les faits divers, les malheurs de Gordon Brown et sur tout ce qui peut induire de la lassitude aux électeurs.
    En revanche, on ne peut que tirer son chapeau aux militants de tous bords qui essayent de mettre un peu de couleur sur un enjeu aussi essentiel pour l’avenir. S’ils savaient qu’une mobilisation massive est réellement en mesure de faire passer en 3ème voire 4ème position la liste des amis de Nicolas Sarkozy, ils seraient probablement plus motivés encore, mais c’est une autre histoire.

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