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Pour renouer avec un art militant

30 mars 2014

Dans la série «Dans ma boîte»

—– Message de Valérie de Saint-Do

Tribune parue dans Le Monde du 28 mars

Par Thibaud Croisy (artiste)

À Avignon, où la liste du Front national est arrivée en tête du premier tour des élections municipales, le nouveau directeur du Festival d’Avigon, Olivier Py, a menacé de délocaliser la grand-messe du théâtre international si le candidat FN était élu. Ce déménagement priverait les Avignonnais d’une manifestation culturelle de grande ampleur mais aussi des précieuses retombées économiques dont la ville bénéficie à cette occasion (20 millions d’euros par an).

Certains observateurs ont vu dans les propos d’Olivier Py une prise de position audacieuse afin de réveiller les consciences citoyennes et de mobiliser l’électorat pour le second tour. D’autres, au contraire, se sont émus qu’un metteur en scène puisse envisager de capituler si vite, de déserter ou de remettre sa démission, comme Olivier Py l’a également annoncé, alors même que la tenue d’un Festival engagé deviendrait plus nécessaire que jamais.

Ce positionnement inattendu a donc ravivé un certain nombre de questions sur l’attitude à adopter face à la montée des extrêmes, et notamment en matière de culture. Par exemple, aurait-il fallu, d’emblée, tenir le discours inverse et déclarer que le Festival ne quitterait pas Avignon, quel qu’en soit le prix, pour s’ériger en inébranlable foyer de résistance et faire entrevoir de nouveaux horizons ?

UNE RADICALITÉ QUI NE S’EXPRIME QUE PAR SURSAUTS

C’est une brèche qu’Olivier Py a tenté d’ouvrir, tout en précisant qu’il serait « inimaginable » de travailler avec une mairie d’extrême-droite et de contribuer ainsi à la banalisation du Front national – ou de lui servir d’alibi.

Qu’on l’approuve ou qu’on la condamne, cette déclaration choc peut être aussi appréhendée comme le symptôme d’un problème plus profond : une radicalité qui ne s’exprime que par sursauts, ne s’incarne que devant des épouvantails (le Front national, les catholiques intégristes) et se livre significativement comme un « coup de gueule » de l’entre-deux-tours, un engagement d’avant la catastrophe.

Alors, l’artiste n’est-il voué qu’à tirer une sonnette d’alarme au moment où le train qu’il conduit est sur le point de dérailler ? C’est la question que l’on est en droit de se poser. Ce tressaillement à l’approche de la débâcle s’inscrit en tout cas dans un mouvement plus général de dépolitisation du paysage culturel et de reflux du militantisme.

Les profils des artistes d’aujourd’hui sont extrêmement variés mais s’ils sont nombreux à créer des pièces, des films ou des chansons dont la dimension politique est incontestable, beaucoup plus rares sont ceux qui revendiquent fièrement un statut d’artiste militant, a fortiori lorsqu’ils détiennent les clés d’un établissement public.

OCCULTER L’HISTOIRE DES FORMES MILITANTES

D’une part, il a toujours été très mal vu de considérer l’art comme un outil ou un instrument au service d’une lutte – et notamment d’une lutte étrangère à la défense de l’art. D’autre part, l’institution scolaire a œuvré avec beaucoup de brio pour occulter l’histoire des formes militantes, sans doute par peur de dérapages partisans, et elle continue encore d’apprendre à des générations entières que le théâtre « à thèse » est un art ignoble, daté, propagandiste, peu innovant et souvent ennuyeux.

Dans le même temps, une grande partie des acteurs de la culture française a largement intégré une conception duelle de la contestation qui consiste à sur-valoriser l’aristocratie de la critique – sage, mesurée, toujours parée de beaux arguments – et à disqualifier la parole polémique – dissonante, spontanée, agressive, toujours suspecte d’être réactionnaire, de flirter avec les extrêmes ou de tourner à vide.

Aussi, après le bouillonnement des années 1970 et l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, plusieurs metteurs en scène, chorégraphes ou plasticiens « critiques » ont été mis à l’honneur mais on a progressivement marginalisé l’éthos de l’artiste insurgé, combattant, qui soutient les luttes d’émancipation, nomme clairement ses adversaires et prend régulièrement des positions bien tranchées.

À l’heure qu’il est, cette marginalisation est telle qu’en dehors des chefs de partis politiques, l’énergie polémique est tristement accaparée par quelques personnalités prétendument « anti-système » comme Dieudonné, Alain Soral, Eric Zemmour et autres agitateurs du petit écran – ce qui contribue à la mettre encore un peu plus à l’index.

Dès lors, il devient presque inédit de croiser des artistes d’opposition, pugnaces, belliqueux, qui savent aussi s’éloigner du monde de l’art pour prendre la parole sur des sujets qui ne touchent pas directement à leur pratique ou à leur condition. En revanche, bien plus fréquents sont ceux qui s’affolent à intervalles réguliers.

Pour comprendre les raisons de cet engagement à deux vitesses, il faut aussi rappeler qu’en ces temps de crise, le personnel politique s’est massivement éloigné de la chose culturelle.

À Avignon, le Parti socialiste peut se réjouir des déclarations mobilisatrices d’un metteur en scène comme Olivier Py mais à l’inverse, les milliers d’intermittents du spectacle qui ont manifesté contre le nouvel accord sur l’assurance-chômage, particulièrement régressif et fragilisant, ont été assez superbement ignorés par les ténors de la politique.

LIBREMENT S’IMPLIQUER, MANIFESTER, INTERVENIR

Le soir des résultats du premier tour, pendant que le Front national se réjouissait de ses scores historiques réalisés sur l’ensemble du pays, on pouvait voir les images édifiantes d’intermittents anonymes faisant irruption au QG de Nathalie Kosciusko-Morizet – et débarqués manu militari – tandis que le service d’ordre d’Anne Hidalgo usait de gaz poivrés pour repousser d’autres intermittents et précaires qui manifestaient devant son siège.

La fracture entre la sphère politique et celle de la culture est désormais profonde et elle atteint un tel sommet que même le metteur en scène allemand Thomas Ostermeier affirmait ces jours-ci qu’aucun électeur d’extrême-droite ne « changera d’opinion politique simplement grâce à une pièce » et que « le théâtre ne peut pas s’opposer au Front national » !

Voir un spectacle ne fait pas passer d’un parti à un autre certes, mais sans doute faut-il rappeler qu’un homme de théâtre n’est pas uniquement un artiste condamné à rester sur un plateau mais qu’il est aussi un citoyen qui peut librement s’impliquer, manifester, intervenir, attaquer de manière sauvage ou clandestine.

Ce vent de résignation doit donc interpeller et enjoindre à retrouver une énergie militante, c’est-à-dire durable, offensive, qui se donne les moyens de lutter, porte la contradiction et permette de s’imposer franchement dans le débat. Il devient urgent de faire front, non pas seulement lorsque l’orage éclate mais aussi – surtout – en marge de l’emballement médiatique des campagnes électorales, en ces périodes de calme apparent que l’on appelle « normales ».

Thibaud Croisy

Projet Peillon sur le statut : le résultat des votes au comité technique ministériel

29 mars 2014

Dans la série «Dans ma boîte»

—– Message de : Clément Poullet

Chers collègues,

Le texte sur les missions et obligations de service des enseignants a été soumis aujourd’hui aux organisations syndicales lors du comité technique ministériel.

Résultats :

  • Votes POUR : CFDT et UNSA
  • CONTRE : Force Ouvrière, CGT, SUD et une partie de la FSU (le SNUEP, syndicat des PLP)
  • ABSTENTION : SNES, SNEP (Nombre de voix suffisant pour donner quitus au ministre).

C’est un fait, il n’y a pas consensus.

Une chose est certaine : la bataille pour le retrait du projet Peillon ne fait que commencer.

Nos analyses, nos revendications portent : les articles 2 (les 1607 heures) et 3 (régime indemnitaire) du projet notamment sont largement discutés et ont de plus en plus de mal à passer, y compris au sein de la FSU.

C’est pourquoi le SNFOLC appelle les personnels à amplifier la mobilisation, à se réunir pour demander que le décret ne soit pas publié, et à dresser leurs revendications (postes, salaires, etc.)

Pour vous aider, vous trouverez en PJ :
– le communiqué de la FNEC FP FO du 27 mars (suite au comité technique)
– le 4 pages d’analyse du projet

Salutations syndicalistes,
Clément Poullet, secrétaire départemental du SNFOLC de l’Essonne

Marx à la plage

29 mars 2014

Marx à la plagePremier billet de la nouvelle série «Dans ma boîte»

—– Message de : Jérémie Ozog.

Deux vidéos que je vous recommande. Installez-vous comme au café et profitez de cette agréable et très instructive discussion philosophique, politique, économique, anthropologique… Bref, je vous souhaite d’apprécier ces vidéos autant que cela a été mon cas…

Fraternellement,

NB (je vous encourage à ne plus utiliser le PS habituel ;-) ): en fin de deuxième vidéo ils donnent quelques éléments qui confirment bien les théories de Friot et la rigueur de sa filiation Marxiste, n’en déplaise à M.Goudard auteur du pamphlet que j’ai dénoncé récemment.

OZOG Jérémie
Librairie Citoyenne & Cours de Sciences Économiques

Dans ma boîte

29 mars 2014

Peut-être qu’un jour je me remettrai à écrire des choses sur ce blog… En attendant je vais tenter de tenir à jour une nouvelle rubrique : «Dans ma boîte». Une rubrique dans laquelle je reproduirai une sélection de ce que je reçois dans mes multiples boîtes à courriel : des textes politiques ou sur des sujets très précis, des articles de blog ou des chaînes reçues on ne sait comment, etc… (Bon, y’aura probablement pas beaucoup de chaînes, elles sont souvent si stupides !)

«J’ai honte d’être Léa et pas Leonarda»

19 octobre 2013

J’ai reçu hier ce magnifique poème, écrit par une jeune fille qui je suppose fait partie des manifestant-e-s qui exigent un traitement humain des enfants scolarisé-e-s dont un parent est en situation «irrégulière» en France.


Je m’appelle Léa, mon nom est un peu comme le tien Leonarda.

Comme toi j’ai 15 ans,
Comme toi je vais à l’école,
Comme toi j’habite en France,
Comme toi j’ai des bras, des jambes, un cœur,
Comme toi j’ai des amis,
Comme toi j’aime,
Comme toi j’ai des rêves, des espoirs,
Comme toi je ris et je pleure.

Je pleure aujourd’hui car j’ai honte,
J’ai honte d’avoir fêté le changement,
J’ai honte de rester quand toi tu pars,
J’ai honte de mon gouvernement.

J’ai honte d’être Léa et pas Leonarda.


Je me disais ça jeudi : si j’étais à la place de ces jeunes (comme l’ont été mes aîné-e-s qui avaient 15 ans en 1981) je serais dans un mélange de révolte et de désespoir sûrement difficile à supporter.

Elle écrit : «J’ai honte d’avoir fêté le changement». Les socialistes devraient méditer ce cri du cœur d’une future citoyenne…

11 mai 2012

sophievm:

Le camarade Nathanaël résume parfaitement bien les enjeux et nos tâches dans la période !

Originally posted on Le Cri du Peuple:

A peine cinq petits jours depuis l’élection de l’autre François comme président de la République et nous sommes déjà dans le scrutin législatif. C’est ainsi, depuis l’inversion du calendrier électoral voulue par Lionel Jospin. Le Front de Gauche s’y engage en plein, drapeaux au vent, décidé à continuer à créer l’événement politique dans ce pays. Il faut dire que les excellents scores de nos camarades grecs alimentent l’espoir, bien plus que la victoire du candidat dit « sérieux ». Nous avons fait ce geste de salubrité publique qui consistait à virer le nain hystérique de l’Elysée, quitte à le remplacer par Hollande. Oui, à l’évidence, d’autres choix de société sont possibles que ceux qui entérinent la soumission à la loi du marché. C’est bien ce défi-là que, nous autres, nous proposons aux nôtres : la classe ouvrière, le peuple, de relever.

Avec, en toile de fond, la poursuite de la guerre…

Voir l'original 759 mots de plus

Analyse du vote FN et de la campagne de second tour de Sarkozy

30 avril 2012

Je n’ai pas le temps de bloguer en ce moment, et pourtant j’aurais une foule de choses à dire !

Par contre j’ai «sélectionné» pour vous le dernier billet de mon camarade Alexis Corbière, sur la nécessité d’aller mettre une arme anti-Sarkozy dans l’urne dimanche prochain…

Dégageons Sarkozy !… et premières réflexions sur le score du FN

Dégage Sarkozy, dégage, dégage, dégage ! Pour illustrer ce slogan j’utilise ce dessin de Jacques Tardi qui illustre une chanson éponyme de mon amie Dominique Grange. Je crois savoir que le 1er mai à Paris, cette chanson sera distribuée sur le point fixe du Parti de gauche (merci chers Jacques et Dominique). Dans tous le pays monte cette simple et grave exigence. Sarkozy doit partir avec sa clique et sa politique réactionnaire. Il faut faire en sorte que cela soit fortement le cas le 6 mai. Plus sa défaite sera importante, plus elle sera entendu dans toute l’Europe. Son sens politique dépasse la personne de François Hollande qui aura essentiellement bénéficié du vote utile pour virer Nicolas Sarkozy. Que l’on ne vienne pas me raconter autres choses et autres balivernes, je n’en croirai pas un mot. C’est pourquoi le Front de Gauche, attaché à son autonomie conquérante, fait campagne d’ici le 6 mai sur ses propres mots d’ordres et dans ses propres initiatives pour battre Sarko en utilisant le bulletin Hollande. Pardon d’être aussi sec, mais c’est la vérité crue. Nous ne raconterons aucun mensonge à ceux qui nous font confiance. Nous ne véhiculerons aucune illusion. Mais notre projet de révolution citoyenne passe dimanche prochain par la défaite du chef de la droite française. Ne le loupons pas.

Cohérent avec la stratégie qu’il s’est fixé depuis des mois, Nicolas Sarkozy continue sur la voie de « l’extrême droitisation » de la droite. Il est réducteur de n’y voir que l’influence de son conseiller Patrick Buisson, qui l’aurait hypnotisé, puisque c’est une tendance que l’on retrouve dans d’autres pays d’Europe à commencer par la Hongrie où d’anciens libéraux deviennent les tenants d’une politique autoritaire puisant dans la symbolique d’extrême droite. Ceux qui ont des vapeurs à droite n’ont en réalité aucune autre ligne alternative. Ils ont seulement compris que c’était perdu et ils préparent l’avenir. Mais l’extrême droitisation est une pente lourde pour toute la droite. Je note d’ailleurs qu’elle est portée par Nathalie Kosciusko-Morizet qui jusqu’à présent voilait incarner l’aile de l’UMP hostile à tout rapprochement avec le FN. Cette évolution doit servir de leçon. Leur opposition au FN est une digue de papier. Contre la gauche, la droite est prête à tout. L’histoire de France l’a déjà montré.

Engagé dans cette course folle, Sarkozy reprend donc les expressions et termes du Front national et de la grande famille de l’extrême droite française. Parler ne suffit pas, les symboles et les idées d’extrême droite doivent devenir des forces matérielles pour convaincre et entraîner. C’est pour cela qu’il a décidé de défier le mouvement ouvrier demain appelant à ce qu’il faut nommer une « contre manifestation » Place du Trocédaro pour narguer les syndicats. Aujourd’hui, il s’agit de manifestation distantes de plusieurs centaines de mètres, mais comment ne pas imaginer que demain les mêmes excités, chauffés à blanc iront affronter physiquement le mouvement ouvrier qualifié de « corps intermédiaires » bloquant les politiques de démantèlement de tous nos outils de solidarité. Ce qui se passe actuellement est une orientation décidée froidement par des gens qui savent ce qu’ils font. La recomposition de la droite est en œuvre. Pour qu’elle soit efficace, il faut pourrir davantage le climat politique Manœuvre pitoyable… Demain, il perdra le bras de fer car nous serons beaucoup lus nombreux dans la rue. Je fais au passage quelques petits rappels historiques, le 1er mai n’est pas une fête du travail, mais une journée de solidarité des travailleurs. Ce n’est pas la même chose. Elle est née dans le sang de travailleurs rudement réprimés. Ce fut notamment le cas lors du 1er mai 1891 où 9 travailleurs furent tués et 35 autres blessés. Le 1er mai est donc d’abord une journée de lutte. Ceux qui veulent effacer cette dimension sont des gredins. Sarkozy veut réactiver la peur du rouge et répétant qu’il y a ceux qui manifestent derrière le drapeau rouge et d’autres derrière le drapeau tricolore. Sous entendu, les vrais français sont avec lui. Cet ignorant devrait savoir que le drapeau rouge faillit être le drapeau de la France lors de la révolution de 1848. Ce symbole si cher au mouvement ouvrier, n’est donc pas antinational. De plus, chacun sait que dans les meetings du Front de Gauche on mêle drapeau Rouge et drapeau Bleu-Blanc-Rouge, « l’Internationale » de Jean-Baptiste Clément et Eugène Pottier et « la Marseillaise » de Rouget de l’Isle. Tous français ! … C’est cela notre France belle et rebelle ! Notre France n’est pas la leur, et nous sommes chez nous en République.

Les dégâts idéologiques de cette danse du ventre devant le FN seront considérables à l’avenir. Mais il convient aussi de ne pas se tromper sur le score de Marine Le Pen.

L’analyse et la compréhension du résultat obtenu par le Front National à l’occasion du premier tour de l’élection présidentielle est un enjeu idéologique, et donc politique, majeur. En conformité avec la stratégie suivie par Nicolas Sarkozy, sous l’impulsion de Patrick Buisson, on assiste depuis le soir du premier tour à une canonnade médiatique organisée en vue d’effacer l’émergence du Front de Gauche. Elle affirme de façon mensongère dès les premières heures de la soirée électorale que Marine Le Pen avait obtenu 20 %, visant ainsi à assommer l’électorat de gauche et à placer le FN au cœur des débats du deuxième tour.

De plus, il semble clair que certains cherchent à nous faire payer « l’insolence » à leurs yeux d’avoir désigné le FN comme notre principal adversaire. Béquille d’un système en crise et principal outil du « vote utile », nous avons appelé publiquement, les dernières semaines de campagne, les électeurs à nous mettre devant lui. Cette audace n’est pas du goût de tous ceux qui ont toujours besoin de ce diable de confort.

À ce titre, nombre de médias martèlent, avec une gourmandise non dissimulée, que les deux leçons de ce premier tour sont la «défaite» de Jean-Luc Mélenchon et la «victoire» de Marine Le Pen. Cette analyse binaire s’accompagne d’un solide mépris de classe consistant à dire que les ouvriers «préfèrent» décidément le FN au FDG. La palme de ce mépris à notre égard revient, une fois de plus, à M. Bernard Henri Lévy qui fait porter, dans Le Point (26 avril 2012), la responsabilité du score du FN à « une gauche dont l’aile ultra a (n’en déplaise à Mélenchon) plus alimenté qu’enrayé, par ses outrances et son populisme, cette spirale du pire ».

Le Parti de Gauche doit combattre avec vigueur cette analyse de la situation. C’est déterminant pour la suite.

Quelques chiffres et premiers commentaires pour analyser et débattre :

  1. Avec 6 421 426 voix, soit 17,9 % des suffrages exprimés et 13,95 % des inscrits, Marine Le Pen obtient effectivement le plus grand nombre de bulletins de vote pour le FN jamais rassemblé pour cette formation. Jusque là, le meilleur score obtenu par le FN était à l’occasion du second tour de l’élection présidentielle de 2002 de 5 525 906 voix, soit 17,79 % des suffrages exprimés et 13,42 % des électeurs inscrits. Si Marine Le Pen a augmenté le nombre de votants pour le FN de 20 %, le nombre de votants total a lui aussi augmenté de 22 % par rapport à 2002. Le « succès » de Marine Le Pen constitue donc en réalité une légère progression, mais bien réelle, par rapport au meilleur score historique de son parti.
  2. Cette progression est pour l’essentiel nourrie par le vote sanction contre Nicolas Sarkozy dans l’électorat de droite. 2012 clôt pour le FN « l’accident électoral » de 2007, où Jean-Marie Le Pen avait obtenu un score très bas (3,8 millions de suffrages, 10,44 % des exprimés et 8,62 % des inscrits), puisque pour l’essentiel le candidat Sarkozy avait siphonné une grande partie de son électorat. Gare donc au « trompe l’œil » de 2007. La réalité électorale d’un FN qui débute en 1988 à plus de 15 % de l’électorat, lors de l’élection présidentielle (son élection la plus favorable) a donc repris son cours. Après quelques années de difficultés internes, (vieillissement de son président fondateur, absence de cadres, difficultés financières, etc…), le FN s’est clairement remis en marche. Mais, avec un peu de recul électoral, on constate donc que le score du FN de 2012 est davantage un grignotage électoral à la hausse, logique par le rejet de Sarkozy, qu’une explosion électorale fulgurante.
  3. Par rapport à 2007, c’est essentiellement au sein de l’électorat de droite UMP et ses satellites que les principaux mouvements électoraux en faveur du FN se sont produits. Ainsi, si l’on additionne les scores 2007 de Philippe de Villiers, Jean-Marie Le Pen et Nicolas Sarkozy on obtient 16 101 600 voix. En 2012, si l’on additionne Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy on obtient 16 175 167 voix, c’est-à-dire quasiment le même score à 70 000 voix près ! Ce « bloc des droites/extrême droite » représentait 43,85 des suffrages exprimés en 2007 (et 36,21 % des électeurs inscrits). Il obtient 45,08 % des suffrages exprimés en 2012 (et 35,14 % des inscrits).
  4. En 2007, si l’on ajoute à ce « bloc de droite/extrême droite » les chasseurs de CPNT, on obtient 45 % des exprimés et 37,16 % des inscrits. Le succès important du FN en 2012 dans le Médoc (terre de bastion CPNT) atteste de la grande porosité de cet électorat vers le FN. Nicolas Dupont-Aignan (1,4 % des inscrits et 1,79 des suffrages) ne modifie pas cette tendance lourde. Avec lui en plus, le « bloc droite/extrême droite » 2012 obtient 36,54 % des inscrits et 46,87 % des exprimés. Cette légère augmentation est vraisemblablement la conséquence d’électeurs Modem 2007 qui sont revenus vers la droite classique. Enfin, si l’on ajoute le Modem à l’ensemble total de la droite / extrême droite, cet ensemble a perdu 16 % de ses voix par rapport à 2007.
  5. Pour résumer, si on compare 2007 à 2012 et si l’on met le Modem de coté, le « bloc des droites / extrême droite » est resté relativement stable dans son ensemble, et à même légèrement baissé par rapport au nombre d’électeurs inscrits, mais des mouvements significatifs d’électeurs vers le FN se sont produits.
  6. Conscient de cette crise au sein de la droite sarkozyste et associés, le FN est entré dans cette campagne avec des ambitions qu’il convient de rappeler puisque la plupart des commentateurs, si exigeants avec le FDG, qui parlent de la « victoire de Marine Le Pen » les passent désormais sous silence. Elle voulait être en tête du premier tour, au moins au second tour et a encore répondu le 19 avril dans Le Monde à la question « Vous croyez encore au second tour ? » Marine Le Pen : « Oui. Je crois que ce sera beaucoup plus serré qu’on ne le dit. Je me vois à plus de 20 %. »
  7. Il reste à établir la structure sociologique et géographique du FN. D’abord j’attire l’attention sur les scores en recul par rapport à 2002 dans les plus grandes villes (cliquez ici). Pour le reste, cette analyse reste difficile à fournir tant les études réalisées sont discutables et contradictoires, voire même fantaisistes, selon les organismes qui les ont réalisées. Cette tâche doit être menée avec rigueur à l’avenir. Au-delà des commentaires d’instituts de sondages aux méthodologies très discutables, il est plus intéressant de s’appuyer sur les premiers travaux de trois chercheurs de l’Université de Rouen (MM. Bussi et Gosset et Mme Colange), spécialistes des cartes électorales. Pour ces trois chercheurs, certes, le FN confirme son implantation dans des zones périurbaines, rurales et rurales profondes. Mais, selon leurs premières analyses, la carte du FN 2012 est « presque un copie-collé de celle qui existait déjà. Le remplacement de Jean-Marie Le Pen n’a pas modifié la carte ou les scores dans des ordres de grandeur radicalement différents, on a quasiment tout le Nord-Est et le pourtour méditerranéen à 25 % ». Pour eux, « L’explication majeure, c’est quand même qu’elle reprend les voix que Nicolas Sarkozy avait pris et qu’elle s’y renforce même par rapport à 2002, avec des percées qu’elle n’avait jamais eues dans certains départements. » Enfin, dans les zones ouvrières où les scores FN sont tant commentés, on constate surtout un glissement de l’électorat populaire ayant voté Sarkozy vers le FN. L’exemple caricatural étant Florange où Sarkozy perd 606 voix et le Pen en gagne 636. On peut ainsi, multiplier les exemples. A Tourcoing, Sarkozy en perd 4 000 et Le Pen en gagne 3 000. A Lille, Sarkozy en perd 6 000 et Le Pen en gagne 3 000. A Marseille, Sarkozy perd 30 000 voix et Le Pen en gagne 28 000. Etc…
  8. Dans l’électorat populaire, et de manière générale, la progression la plus importante et nouvelle est l’apparition du score du Front de Gauche. Certes, nous avons un retard sur le FN, implanté depuis désormais près de 30 ans dans la vie politique française. Sans nous, sans le travail et la confrontation que nous avons engagés contre le FN, la progression de Marine Le Pen eut été beaucoup plus importante. De plus, désormais le Fn va perdre son meilleur agent électoral qu’était Sarkozy. Désormais, il va peut être s’engager dans une oeuvre de recomposition de la droite tel que l’a dit Louis Aliot son vice-président. Cela détruit le baratin des dirigeants Fn qui se décrivent comme « ni de droite, ni de gauche ». A ce sujet, je souligne que Bruno Gollnish appelle à voter Nicolas Sarkozy contre François Hollande.
  9. Pour conclure momentanément cette première réflexion encore très imcomplète, si l’on considère qu’une course de vitesse est engagée avec l’extrême droite, il est indiscutable qu’elle a encore une longueur d’avance sur nous, mais nous courrons plus vite qu’elle.

Nota Bene : Demain mardi 1er mai, je serai l’invité à 17h de LCI et à 18h40 de BFM-TV.

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